"La mise en scène laisse la primauté au texte et surtout au jeu des acteurs. Le rythme, la complicité
avec le public réjoui par ces personnages d'anthologie, s'exprime en crescendo, de plus en plus jubilatoire."
La Tribune / Le Progrès (janvier 2010)
"La manière dont Patrick Reynard met en scène la plus célèbre pièce de Samuel Beckett est remarquable par
sa justesse, sa minutie et sa fidélité à l'atmosphère du texte initial. Les comédiens, très talentueux, promènent leurs silhouettes décharnnées au milieu d'un décor presque entièrement gris, qui
figure un monde où, comme les couleurs, disparaissent peu à peu l'espoir, l'humanité, la vie."
La Provence (juillet 2010)
Distribution
Mise en scène : Patrick Reynard
Collaboration artistique : Raphaël Pigache
Avec : Yann Métivier, Raphaël Pigache, Roland Boully, Olivier Rougerie, Thomas Collet
Scénographie et graphisme : Julien Léonhardt
Costumes et maquillages : Stéphanie Lhopital
Création lumière : Pascal Essertel
Régie : Jérôme Aubert
Photos : Pierre Grasset
Saison 2011/2012
Centre Culturel Jean Ferrat (Cabestany) : 23 mars 2012
TAPS Scala (Strasbourg) : 28 mars au 1 avril 2012
Théâtre Municipal (Autun) : 5 avril 2012
Saison 2010/2011
Forum Rexy (Riom) : 9 et 10 décembre 2010
Théâtre Jean Marais (Saint-Fons) : 11 décembre 2010
Saison 2009/2010
Le Radiant (Caluire-et-Cuire) : 15, 16 décembre 2009
Comédie de Saint-Etienne : 5, 6, 7, 8 janvier 2010
Fabrik'Théâtre (Festival Avignon Off) : 8 au 31 juillet 2010
Saison 2008/2009
Théâtre le Verso (Saint-Etienne) : 15, 16, 17, 18 octobre 2008
Théâtre du Parc (Andrézieux-Bouthéon) : 24 octobre 2008
Drôle d'histoire !
Acte 1 : Route à la campagne, avec arbre. Soir.
Deux drôles de personnages, Vladimir et Estragon, espèrent la venue d’un certain Godot. Quand Godot sera là, ils seront sauvés ! Pour tromper l’attente et l’angoisse, ils parlent, jouent et se chamaillent…
Survient un inquiétant attelage : reliés par une corde, Pozzo et son valet Lucky, font leur entrée. Au commandement de Pozzo, Lucky fait son numéro : il danse, il pense. Quand Pozzo et Lucky reprennent leur route, Vladimir et Estragon se retrouvent « à nouveau seuls, au milieu des solitudes ».
Un garçon arrive à son tour : messager de Godot, il annonce que celui-ci est empêché aujourd’hui mais qu’il viendra sûrement demain.
Acte 2 : Lendemain. Même heure. Même endroit.
L’arbre a reverdi. Vladimir et Estragon sont toujours là, entre attente et espoir...
Printemps 1943, sud-est de la France
« Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention » se plaisait à dire Beckett en 1952 lors de la parution d’En attendant Godot.
Sacré foutu provocateur d’irlandais ! Il semble nous claquer brutalement la porte au nez mais, avec l’ironie et l’élégance qui le caractérise, il nous indique simplement la direction à suivre. Nous avons donc décidé de le prendre au mot et de relire avec la plus grande vigilance ce texte que nous pensions connaître.
Notre surprise fut grande de découvrir qu’En attendant Godot était la seule pièce de Beckett clairement datée et située. L’action se passe, en effet, entre Roussillon (p.79), commune du Vaucluse (p.80), et Saint-Sauveur (p.40), petite bourgade des Hautes-Alpes, proche de la Durance (p69). Vladimir et Estragon ne se trouve donc pas dans un non-lieu mais dans le sud-est de la France.
Ils n’évoluent pas non plus dans un non-temps. Leur histoire se déroule entre 1940 et 1945 : la seule période où la tour Eiffel fut interdite au public (p.10) ; une période où il était plus prudent de ne pas donner son véritable nom (p.63, p.48, p.119) quand vous vous appeliez Vladimir ou Estragon et que vous aviez grandi dans le quartier de la Roquette (p.13), principal quartier juif de Paris (XI° arrondissement).
A ce propos, il est intéressant de remarquer que, dans le manuscrit initial, Estragon était appelé Lévy (J. Knowlson : Beckett, p.488 - Solin/Actes Sud).
Le 11 novembre 1942, après l’invasion de la zone libre par l’armée allemande, Vladimir et Estragon, doivent fuir Roussillon (où Beckett lui-même se cacha pendant l’Occupation). Quelques mois plus tard, au printemps (p.85) 1943, nous croisons leur route. Ils tentent de survivre et espèrent la venue d’un certain Godot. Quand Godot sera là, ils seront enfin sauvés (p.96, p.123) !
Le rideau se lève, le spectacle commence et nous entendons ce texte pour la première fois, plus grinçant, plus fascinant, plus bouleversant encore !
Notes de mise en scène
Pourquoi mettre en scène En attendant Godot aujourd’hui ? Pourquoi ce texte étrange et complexe s’imposait-il à nous de manière aussi viscérale ?
Beckett, pourtant avare de commentaires, confia un jour à propos de cette pièce : « C’est un jeu, tout est un jeu. […] C’est un jeu qui a pour fin la survie ».
Tout était là ! C’était cette histoire de chair et d’os, cette poésie brute, ce regard sans concession sur l’animal humain et son impossibilité à renoncer qui nous fascinait et que nous voulions partager.
Vladimir et Estragon, admirables et grotesques, résistent avec les moyens du bord dans un monde en plein chaos. Empêtrés dans la toile de fond de l’Histoire, ils tentent de faire diversion pour oublier « toutes les voix mortes » qui crient dans un silence assourdissant. Nous refusions d’entendre cette parole, pourtant à peine dissimulée au creux de chaque page, et c’est nous qui étions joués, nous spectateurs-figurants de cette farce tragique.
Tout comme Beckett, nous avons cherché à maintenir un équilibre permanent entre tragédie et burlesque. Comme lui, nous nous sommes inspirés de ces illustres maîtres que sont Chaplin, Keaton ou les Marx Brothers et nous avons imaginé un univers (scénographie, lumières, costumes et maquillages) évoquant l’esprit tragi-comique de ce cinéma en noir et blanc. Univers burlesque inscrit jusque dans les corps bancals, tordus, maltraités (mal de pieds, vessie douloureuse, haleine puante, etc…), de personnages s’accrochant désespérément à la plus infime parcelle de vie.
Notre spectacle est l’occasion, sans fausse humilité ni prétention excessive, de redécouvrir derrière ce classique du répertoire contemporain, une tragédie bouffonne étrangement ignorée.
« Nous sommes au rendez-vous, un point c’est tout. Nous ne sommes pas des saints, mais nous sommes au rendez-vous. Combien de gens peuvent en dire autant ? »
Une tragédie de notre temps
Les pièces de Beckett ont souvent un fond autobiographique. En attendant Godot est la seule qui soit un témoignage précisément daté et situé. Son histoire appartient à l’Histoire, celle qui se faisait sous ses yeux. Car il s’agit bien d’une pièce où se retrouve un épisode de ce récent « passé qui ne passe pas ». Pas une pièce engagée ! Beckett s’est plutôt ingénié à brouiller les pistes : « Je serais incapable de donner les réponses que l’on espère ».
La pièce en voit-elle son humanité diminuée ? Bien au contraire, c’est parce qu’elle s’ancre dans son temps qu’une œuvre accède à l’universel. Les pleurs des Troyennes nous émeuvent toujours même si, depuis la chute de Troie, tant de guerres n’ont cessé d’apporter leur cortège de mort et de désolation. Nous restons plutôt étrangers aux péripéties de la guerre des deux Roses ; mais nous aspirons, comme les contemporains de Shakespeare, à la fin des luttes fratricides et à la paix retrouvée. Baudelaire évoque « cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge ». Chez Baudelaire comme chez Beckett on retrouve le même désespoir existentiel, la même déréliction ; mais là où l’auteur des Fleurs du Mal le fait avec romantisme, Beckett use de son ironie sarcastique. […]
Profondément humain, exprimant avec un humour qui est celui du désespoir sa sympathie pour les hommes traqués qu’il a côtoyés, Beckett appartient à cette humanité faite d’êtres de chair et de sang. Il en est le témoin. Il en est l’honneur.
Valentin Temkine - Revue Ubu-Scènes d’Europe, n°24/25 Avril 2002
PS : Nous tenons à remercier chaleureusement Monsieur Valentin Temkine pour sa disponibilité, pour ce texte qu’il a bien voulu mettre à notre disposition et, surtout, pour avoir su entendre… juste !
Samuel Beckett
Ecrivain irlandais d'expression anglaise et française, né à Dublin (1906-1989). Il s’installe à Paris en 1938. Pendant l’Occupation allemande, il participe activement à la Résistance et restera profondément marqué par la guerre et les récits de déportation.
Auteur de nombreux romans tels que Watt, L’Innommable, Molloy, son nom reste surtout associé au théâtre : En attendant Godot, Fin de partie, Oh les beaux jours… Il obtient le prix Nobel de littérature en 1969.
Son œuvre est généralement interprétée comme l'expression d'un profond désespoir quant à la condition humaine. Cependant, l’humanité et l’humour omniprésents de Beckett ne sont pas une négation de la vie et de l’homme mais la persistance d’un appel à ne pas se laisser détruire.
Théâtre de l’Eskabo
Le Théâtre de l’Eskabo est une compagnie basée à Saint-Etienne, fondée par Patrick Reynard (metteur en scène) et Raphaël Pigache (comédien).
En attendant Godot est notre premier projet commun.
Le texte de Samuel Beckett nous poursuivant de ses œillades appuyées depuis plusieurs années nous avons fini par céder avec appétit et gourmandise à ses avances. Conscients des difficultés, la tentation a été forte de prendre nos jambes à notre cou et de renoncer à la prétention de s’attaquer à un tel monument. Mais, le désir le disputant à la peur et l’enthousiasme à l’angoisse, nous n’avons pu échapper à l’irrépressible envie de suivre le vieux Sam, pas à pas, dans cette grinçante et jubilatoire exploration de l’âââme humaine.
Metteur en scène
Patrick Reynard a d’abord suivi une formation de comédien aux Ateliers de la Comédie de Saint-Étienne. Il a ensuite participé à divers spectacles et joué, notamment, Hopkins, Shepard, Marivaux, Hugo, Tchekhov, tout en poursuivant son apprentissage lors de nombreux stages encadrés par des metteurs en scènes venus d’horizons divers : Russie, Etats-Unis, Guatemala, île de La Réunion, Indonésie.
En 2000 et 2001 lors d’une tournée où il parcourt l’Europe, l’Afrique, l’Océanie et l’Asie, il tombe amoureux de l’Indonésie où il s’installe et travaille pendant plusieurs années. Aujourd’hui, de retour en France, il renoue avec sa langue maternelle en mettant en scène En attendant Godot de Samuel Beckett.
Mises en scène précédentes :
Issue de Secours (Création collective) ; La Conférence des oiseaux de Jean-Claude Carrière ; La Dispute de Marivaux ; Bunga dalam mulut de Luigi Pirandello ; Anak hutan (création collective) ; Hari terakhir seorang terpidana mati d’après Victor Hugo ; Tidak gerak d’Emmanuel Darley
Comédiens
Yann Métivier (Estragon) :
Formé à l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne.
Il a travaillé avec Gisèle Salin (Mère Courage et ses enfants), Thomas Gonzales (La chouette aveugle), Romain Blanchard, (La Mort de Danton), Marijke Bedleem (La Double Inconstance), Violaine Vallet (Oncle Vania), Jean Claude Berutti (Les Célèbres, La Gonfle), François Rancillac (Kroum)
Raphaël Pigache (Vladimir) :
Formé à l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne.
Il a travaillé avec Serge Tranvouez (Prométhée, Les Marrons du feu, Katherine Barker, Hélène), André Tardy (La Surprise de l’amour, La Mouette), Michel Cerda (Maison du peuple), Frédéric de Goldfiem (Hamlet), Anatoli Vassiliev (Les Trois sœurs), Louis Bonnet (Le Baril de poudre), Béatrice Courtois (De la vie de Komikaze)
Roland Boully (Lucky) :
Il a travaillé avec Philippe Zarch (Avant la retraite, Persona Médée, En filigrane), Arlette Allain (Roméo et Juliette), Gilles Chavassieux (Antigone), André Tardy (Un Curieux accident), Daisy Fel (Passages), Alain Peillon (Zoo story), Alain Terrat (Tartuffe), Philippe Rousseau (Robert Zucco), Ghislaine Drahy (La Princesse blanche)
Olivier Rougerie (Pozzo) :
Formé à l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne.
Il a travaillé avec Michel Belletante (Vestiaires), Maurice Yendt (Une demande en mariage), Jacques Roux (Appassionata, Vibrato), Corinne Ginisti (Les Règles du Savoir Vivre dans la société moderne), André Sanfratello (La Cantatrice chauve), Anne Courel (La Marge, la frontière), Gilles Chavassieux (Néo, trois panneaux d’Apocalypse)
Thomas Collet (Le garçon) :
Formé aux Ateliers de la Comédie de Saint-Etienne
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